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 Un Essaye juste comme ça

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Fleur_ma
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MessageSujet: Un Essaye juste comme ça   Un Essaye juste comme ça Icon_minitimeLun 21 Mar 2005, 11:58 am

Je suis morte. Comme ça, sans spectacle ni histoires. Pourquoi d'ailleurs serait-ce si extraordinaire ? Des milliers d'êtres humains meurent tous les jours, quand d'autres naissent. Oh ! Ce ne sont pas tous des martyrs, quand je dis milliers, je compte aussi les morts de vieillesse, d'une crise cardiaque, ou, aussi bêtement que moi, ces morts de malchance. Un pot qui tombe sur la tête, dans la rue. Un accident parce qu’on n’a pas bien regardé à droite et à gauche avant de traverser. Une balle perdue, parce qu'on était au mauvais moment au mauvais endroit. Même pas de mérite, on n'a pas lutté cinq longues et pénibles années contre le cancer. Même pas d'héroïsme, votre mort n'a sauvé personne. Même pas de gloire, vous êtes né en parfait inconnu, avez vécu en parfait inconnu, et, implacable logique, êtes mort en parfait inconnu. Une vie a beau avoir l'air réussie, une mort ratée gâche tout. Dans une dissertation, il faut s'appliquer à faire une bonne introduction, un développement qui tient la route et une excellente conclusion. Hé bien la vie c'est pareil. Ma conclusion à moi, elle a tout l'air d'un devoir bâclé. Loin du point d'orgue auquel on aurait pu s'attendre. Ringarde. Ridicule. Est-ce cela que l'on appelle l'ironie du tragique ?

Les vivants (maintenant que je suis morte, je peux me permettre tous les abus de langage) font toujours des suppositions à propos de la mort. Ils s'imaginent "ce que ça doit faire de mourir". En général tout se fait en fonction de l'idée qu'ils en ont. Croire, ou ne pas croire. Se donner, ou se retenir. Elle peut être une lueur d'espoir, ou, tout au contraire, une ombre qui les terrorise. Ce trou noir qui fascine, mais qui effraie en même temps. Maintenant, pour ce qui est de penser à la mort en société, c'est autre chose. Chez les vivants c'est devenu très à la mode de ne pas avoir peur de la mort. On la banalise, on la normalise. On la représente davantage comme une étape, et non une fin. Toujours cette opposition manichéenne systématique de deux idées. L'illusion du savoir...Ca aide. Mais ça ne fait que la rendre plus présente justement. Et sa conception, plus éloignée de la vérité.

Voilà donc. Je suis morte. La belle affaire. Vivante, je m'attendais à autre chose. En effet, mon état morbide actuel ne se rapproche d'aucune figuration imaginaire ou religieuse, je suis bien loin du fantasme humain de la lumière blanche. Pas de tunnel non plus, pas d'âme qui sort en fantôme roder près de mon corps inerte. Le noir. Le néant. Et pourtant, mon esprit fonctionne. Je pense donc je suis ? Difficile à dire... Rien ne semble me confirmer la véracité de ces propos. Aucune conscience corporelle, je ne sens rien, je ne vois rien, je n'entends rien. Aucune notion du temps. Il passe, mais est-ce des secondes ? Des heures, des mois ? Une effrayante liberté, impossible à contrôler. Je suis illimitée, plus aucune contrainte. Mais comment en jouir de cette liberté ? Il n'y a rien, le vide, à l'infini. Cette liberté revendiquée par les vivants, de penser, de courir à leur guise dans les champs, de choisir, d'agir... Au final, ne sert-elle donc à rien ? Ils ont tout construit autour de leur société, NOUS avons tout bâti sur des fondations morales, carrées, solides, créées par nous, humains en quête d'accomplissement (devrais-je dire domination ?) Le tout régi par d'ingénieuses règles sociales, si ingénieuses qu'elles nous donnent exactement ce dont on a besoin. L'illusion. J’étais martelée de "il faut", "tu dois", autant de contraintes que j'acceptais sans protester. Se laisser submerger par elles ? J'aurai eu l'attitude parfaite d'un humain passif, sans volonté propre, qui se laisse aller, qui ne réussit pas. Un échec de la société, un éternel assisté. Non, pas ça, pas moi. Alors, l'autre alternative, c'était de se les approprier, ces contraintes, et, habile tour de magie, transformer le "tu dois" en "je veux". C'est facile, ça arrange tout le monde, et ça suit le dicton tant prisé de "prendre son destin en main". Illusion du libre-arbitre, encore une fois. Le plus drôle dans tout ça, c'est que personne ne voit de troisième choix. Ils ne la voient jamais, ou refusent de la voir. Se complaire dans une situation fermée à deux choix possibles, l'un bien sur plus avantageux que l'autre. Combien de fois avons-nous prononcé ces terribles mots : "je n'ai pas le choix". Au contraire, en vérité. Aller chercher la liberté là où elle est la plus inaccessible, c'est à dire là où on pourra la trouver vraiment. La véritable liberté, c'est de se détacher de la société. C'est ne plus avoir peur d'être seul. C'est avoir cette force, vraiment, de se suffire à soi-même. Ainsi, il n'y a plus de limites à notre action. On cesse de grandir les choses, à outrance. On cesse de s'attacher à des notions communautaristes d'appartenance. Ces ingénieuses règles sociales...

D'ici, mon existence parait tellement dérisoire, et je me sens corrompue, lâche. De mauvaise foi. Je le revendiquais, haut et fort, que je me suffisais à moi-même. Que j'étais un électron libre, que je n'avais pas besoin de me sentir appartenir à quelque chose. La notion même d'identité me paraissait si loin de moi. "Un piège populaire", je pensais. Pour attiser les passions des foules. Et comme une bienheureuse, convaincue que j'avais raison, que je menais un modèle optimal de vie. Mais tout ceci, ce n'était qu'une façade. Au fond, je n'étais pas plus libre qu'une esclave de maharadjah dans son immense palais. J'ai eu l'occasion de m'échapper de ma cage dorée, je ne l'ai pas fait. Le sens de l'aventure qui m'était si cher, que je pensais si indispensable et faisant partie de moi, je ne l'avais pas. Juste cette peur, ce ridicule appréhension. Des souvenirs me reviennent, douloureux en cet instant. Je me revois énumérer, à chaque fois, toutes les difficultés que j'aurais pu rencontrer si j'avais eu l'audace de foncer, puis baisser les bras avec un éternel "finalement, je n'ai pas le choix". Quelle mauvaise foi ! Cela m'arrangeait bien ! Je n'avais pas à sortir de mes habitudes toutes tracées, tout en étant persuadée de m'accomplir de jour en jour. Je trouvais même le moyen de donner des leçons. Aveugle pendant toute une vie. Je me rappelle avoir eu des moments de lucidité, avoir eu envie de me jeter dans le vide de l'inconnu, de tout laisser derrière moi. Prendre un envol. Je l'ai souvent rêvé, fantasmé lorsque j'étais éveillée. Je n'en ai jamais eu le courage. Quel coup dur de se rendre compte de s'être autant trompé... Je prends à peine conscience de tout le pathétique dont j'ai pu faire preuve. Celui dont j'affublais volontiers la condition humaine. Quelle arrogance ! Et quelle ironie...

C'est donc ça la mort ? Une remise en question ? La blague... Et tandis que mon esprit demeure dans le noir, des images me reviennent. Floues, désordonnées, saccadées. Ce n'est pas exactement comme voir sa vie défiler. C'est plus subtil, moins perceptible. Extraordinairement déroutant. Je sens une présence. Un poids, un regard. Encore cette peur. Je me sens coupable. Et tellement perdue... C'est drôle ; vivante j'avais toujours pensé qu'après le mort, le voile serait levé sur la vérité de ce monde. J'aurais su tout de suite s'il y avait un Dieu, un paradis, un enfer, des anges. Ou alors le vide, le stop. Ou alors une suite, rebelote dans un autre corps, et une renaissance. Mais rien dans l'héritage humain collectif ne pouvait me préparer à ça. A mesure que je prends conscience de certaines vérités, je me sens encore plus ignorante. Ce sentiment même qui me dégoûtait tant "sur Terre". Amplifié jusqu'à en être insupportable. J'aurais aimé pouvoir pleurer, crier, me débattre. Appeler quelqu'un. L'impuissance. Ecrasante. Ces doutes dont j'ai toujours pensé être délivrée à ma mort me reviennent, plus intenses. Douloureux d'intensité. J'ai l'impression d'être une mauvaise funambule sur un cheveu, sur le point de capituler, d'un moment à l'autre. Que se passera-t-il après ? Vais-je rester dans cet infernal purgatoire, prisonnière de mes noires pensées et de mes erreurs passées ? Ma vie, une suite illogique, décousue et jalonnée de ce pathétique sentiment d'autosatisfactions. Pourquoi ai-je donc vécu ? J'ai respiré de l'air, brassé trop de vent en mouvements inutiles, épuisé mon souffle en discours pseudo philosophique. Tout ça pourquoi ? Est ce que nos vies toute entières ne sont que des leurres, une vulgaire utopie ?
Je n’aurais sûrement pas de réponse mais énormément de questions. La vie est un mystère, la mort aussi
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MessageSujet: Re: Un Essaye juste comme ça   Un Essaye juste comme ça Icon_minitimeLun 21 Mar 2005, 12:36 pm

Wow!!! texte tres profonds!!! et troublant à la fois. Si ca vient de toi alors je dit que tu devrais ecrire des livres! C'est captivant et spirituelle! vraiment... BRAVO!!!! Bonjour
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MessageSujet: Re: Un Essaye juste comme ça   Un Essaye juste comme ça Icon_minitimeLun 21 Mar 2005, 3:39 pm

C'est un chef d'oeuvre... Je l'ai lu sans arrêter une seule fois! Les mots entrepris sont plus direct mais le sens est réel et bien cité.

Fleur_maladive a écrit:
Je n’aurais sûrement pas de réponse mais énormément de questions. La vie est un mystère, la mort aussi

Je suis très daccord avec toi et pourtant beaucoup ne se pose pas de question... Je ne reflèterais pas trop la dessus car ça pourrait amener un débat!

Mais BRAVO!!!

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MessageSujet: Re: Un Essaye juste comme ça   Un Essaye juste comme ça Icon_minitimeLun 21 Mar 2005, 6:08 pm

C'est tout un texte que t'as écrit là! Ça fait réfléchir et je trouve que c'est très bien écrit. Moi je ne suis pas capable d"écrire un bon texte comme ça! Donc bravo!
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Fleur_ma
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MessageSujet: Re: Un Essaye juste comme ça   Un Essaye juste comme ça Icon_minitimeMar 22 Mar 2005, 6:01 am

lol merci merci c simpas de dire ca, la plus part des gens qui le lise me dise que je devrai allé voir un psy lol , ils trouvent ça trop mélancolique et triste mais bon s'il ya des avie négative ne vous génez pas , c ce que permet d'évolué ^^
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Sk8-GirL
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MessageSujet: Re: Un Essaye juste comme ça   Un Essaye juste comme ça Icon_minitimeLun 18 Avr 2005, 10:43 pm

WoW! IL y a tellement de vrais dans tout ça!!! Neutral J'en suis bouchée ! J'sais pas quoi dire!*wow!*
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MessageSujet: Re: Un Essaye juste comme ça   Un Essaye juste comme ça Icon_minitime

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